Les femmes reprennent le flambeau en technologie

Je ne sais pas si j’ai choisi la technologie ou si la technologie m’a choisie mais j’espère inspirer des nombreuses femmes

Je suis née en France et mon amour des mathématiques et de la physique m’a permis d’étudier dans l’une des Grandes Ecoles du pays. À cette époque, l’ingénierie était considérée comme une profession essentiellement masculine et nous n’étions qu’une toute petite minorité de femmes. Ce n’était pas « horrible » mais il y avait alors des postures sociales qui seraient « problématiques » aujourd’hui, à l’ère de MeToo. Pourtant, j’étais respectée, j’avais des amis et des gens avec lesquels je pouvais étudier. Je ne peux pas dire que c’était à 100% sans sexisme mais cela ne m’a pas empêché de faire quoi que ce soit.

Comment je suis entrée « en technologie »

Les Grandes Écoles sont de magnifiques institutions typiquement françaises qui canalisent nos talents par des spécialisations. La mienne était l’École française d’aéronautique et d’ingénierie spatiale à Toulouse. Ne me dites pas que la technologie n’est pas la « science des fusées » – c’est exactement ainsi que j’ai appris à tout regarder !

Ma scolarité a débuté par trois années de mathématiques, physique et études techniques, théoriques et intensives, au terme desquelles j’ai intégré cette Grande École pour trois ans où j’ai appris à gérer des heures de travail longues et difficiles dans des conditions stressantes.

Cela m’a mené à une carrière épanouissante dans l’industrie des télécommunications spatiales – mais en grande partie grâce à des employeurs merveilleusement coopératifs.

Comment le réseautage m’a trouvé

Une fois mon diplôme obtenu, je me suis « lancée », ce qui signifie que j’orbitais autour du secteur industriel spécialisé dans les satellites, la communication et le domaine spatial.

Mon premier emploi fut effectué à Londres en tant que stagiaire dans une entreprise pilotant l’un des programmes européens de télécommunications spatiales. Ce stage a duré plus d’un an.

Des chasseurs de têtes m’ont contactée à la fin des années 90, pendant la « bulle internet ». Les industries de haute technologie israéliennes, alors en plein essor, avaient un grand besoin d’ingénieurs et les universités ne pouvaient pas former suffisamment d’étudiants pour répondre à cette demande.

Intel avait lancé une tendance : chercher ses collaborateurs à l’étranger. C’est ainsi que j’ai été auditionnée à Paris et que l’on m’a fait une offre pour un poste d’ingénieur chez Intel, en Israël. J’avais 24 ans, j’étais aventureuse et après un an passé à Londres, je voulais plus de soleil ! J’ai donc accepté.

Comment s’adapter aux circonstances

Bien que possédant une solide expérience en ingénierie, je n’avais jamais travaillé sur les microprocesseurs, les processeurs, les serveurs, l’informatique ou les réseaux. J’étais plus à l’aise avec un satellite qu’avec le cloud. Heureusement pour moi, j’étais habituée à m’adapter à des environnements inconnus.

Chez Intel, j’ai eu la chance de travailler avec des gens qui ont rapidement fondé une nouvelle start-up, Mellanox, qui visait à augmenter les possibilités de mise en réseau plus fortement et plus rapidement. Cette équipe innovait constamment et voulait s’approprier le processus.

Moins d’un an après sa création, je les ai rejoints. On était en 2000.

J’étais l’une des rares femmes mais j’avais l’habitude. À cette époque, les salariés de Mellanox se comptaient en dizaines. Aujourd’hui ce nombre a été multiplié par 100 et il y beaucoup plus de femmes.

Ce que Mellanox a fait pour moi et ce que les femmes peuvent offrir

Quand j’ai rejoint mon nouvel employeur, ce n’était encore qu’une start-up et chaque individu recruté était crucial car l’entreprise n’avait ni le temps ni le budget pour ne pas recruter les bonnes personnes. J’étais nouvellement mariée. De nombreux recruteurs se seraient demandé : est-ce qu’elle va bientôt avoir des enfants ? Cela ne leur est jamais venu à l’esprit. Ils n’ont donc pas hésité à me recruter parce que je suis une femme qui pourrait avoir des enfants qui détourneraient une partie de mon temps. Au fait, un an après avoir rejoint Mellanox, ma première fille est née !

J’étais très flexible et la société était super flexible à ce sujet. Pendant les dix premières années, je travaillais à des horaires variables pour pouvoir être à la maison avec mes enfants le plus possible.

Ensuite, j’ai décidé qu’il était temps d’intensifier ma carrière. Là encore on m’a donné toutes les opportunités pour le faire.

Au cours de ma carrière, j’ai eu l’opportunité de passer d’un rôle technique à la gestion de grandes équipes internationales Je gère maintenant la gamme de produits d’adaptateur Ethernet qui est la famille de produits la plus importante de notre croissance. Au cours du dernier trimestre, il a été signalé que notre activité avait augmenté de 28% sur trois mois. Gérer ce type de croissance, c’est un peu comme piloter une fusée à grande vitesse donc je suppose que toutes mes études de physique et d’aéronautique m’ont été utiles, après tout !

Si vous voulez un travail bien fait, recherchez une femme occupée

Les femmes qui jonglent entre vie familiale et vie professionnelle deviennent très douées pour établir des priorités. Cela les rend parfaites pour faire avancer les choses.

Si vous faites confiance aux femmes, votre investissement sera très rentable ! J’aime penser qu’avec mes 19 années de travail chez Mellanox j’en suis la preuve vivante.

Comment inciter davantage de femmes à choisir la filière technologie ?

Historiquement, les hommes ont instinctivement rivalisé au travail – tel était le rôle qui leur était imposé par la nature : chasser, nourrir et subvenir aux besoins de leur famille.

Cependant, la façon dont nous vivons et travaillons a évolué et les femmes recherchent aujourd’hui l’égalité des chances en matière de carrière. La technologie évolue en conséquence, de sorte que le matériel et les logiciels sont découplés et que les systèmes d’information sont moins hiérarchiques, plus fluides et adaptables. Cependant, la société met un peu plus de temps à « se reconfigurer ».

J’ai eu la chance incroyable de ne pas avoir à choisir entre une famille et une carrière. Je suis une femme qui a travaillé dans le bastion masculin de la technologie pendant 24 années très heureuses. En même temps, grâce à un employeur et à une famille qui me soutiennent avec brio, j’ai réussi à élever trois filles extraordinaires, qui ont maintenant 18, 16 et 11 ans.

Nous devons éduquer nos filles à ne pas avoir peur de prendre des risques. Les entreprises intègrent de plus en plus l’importance d’employer des femmes mais elles doivent aussi se montrer plus flexibles. Certaines entreprises l’ont déjà compris, car elles accordent de longs congés de maternité aux collaborateurs, hommes et femmes.

Il s’agit pour nous, les femmes, de nous mettre au défi. Les temps changent rapidement. Mes filles sont entourées de science et d’informatique. Avec la première sortie spatiale féminine de la NASA en octobre dernier, il semble que le genre féminin fasse un pas de géant vers une meilleure condition.

Yael Asseraf Shenhav
Les derniers articles par Yael Asseraf Shenhav (tout voir)