La pensée critique : une soft skill méconnue et pourtant indispensable

Les soft skills font l’objet de toutes les attentions depuis plusieurs années déjà. Les recruteurs sont désormais parfaitement conscients du caractère stratégique de ces savoir-faire et savoir-être si particuliers. Mais, lorsque ce sujet est abordé, la liste des soft skills mentionnées exclut bien souvent une compétence centrale : la pensée critique. Mal connue et souvent mal perçue, celle-ci est pourtant une caractéristique de plus en plus indispensable pour les entreprises qui doivent innover et faire face à des environnements complexes. Alexandra Didry, Head of R&D chez PerformanSe, nous aide à y voir plus clair.

Qu’appelle-t-on pensée critique ?

Selon un rapport du World Economic Forum, la pensée critique figure parmi les cinq compétences-clés dont les organisations ont besoin pour faire face à la complexité qui caractérise l’économie actuelle. Mais qu’entend-on réellement par « pensée critique » dans ce contexte ? Et comment celle-ci peut-elle servir les entreprises ?

La pensée critique est une manière de raisonner et de questionner les choses qui nous entourent pour prendre de meilleures décisions. Elle implique un effort délibéré de remise en question rationnelle et d’évaluation des informations dont on dispose. C’est une alternative aux processus plus intuitifs sur lesquels repose notre travail au quotidien. Elle demande d’importantes ressources cognitives comme la mémoire, l’attention et un certain retour réflexif sur soi. C’est donc un processus coûteux en énergie et en temps, qui ne peut être employé systématiquement.

Se remettre en question pour innover

Si la pensée critique est aujourd’hui si valorisée, c’est qu’elle correspond à un besoin réel : celui de faire face quotidiennement à des problèmes nouveaux et demandant de solutions nouvelles dans un environnement toujours plus imprévisible. Les salariés qui disposent de cette compétence seront capables d’identifier avec précision la situation telle qu’elle se présente et de remettre en question leurs méthodes pour s’y adapter. En ce sens, la pensée critique permet de mener une première phase d’analyse, indispensable à l’élaboration d’une réponse créative aux problèmes que rencontre l’organisation.

Reconnaître la pensée critique

Les recruteurs ont donc tout intérêt à privilégier les candidats dont ils soupçonnent qu’ils pensent critiquement, mais comment les identifier ? La pensée critique repose sur des mécanismes simples : faire des inférences, reconnaître les suppositions, opérer des déductions. Mais c’est aussi plus largement un attribut lié à certaines personnalités et postures intellectuelles : les candidats capables de pensée critique seront les plus ouverts d’esprit, ceux qui font preuve d’une authentique curiosité intellectuelle dans leur champ d’activité comme dans d’autres, ceux qui se passionnent pour la recherche d’une certaine vérité.

Un soft skill qui se travaille

Au-delà d’un simple critère de recrutement, la pensée critique peut également être un objectif de développement personnel et professionnel pour les salariés déjà en poste. Il s’agit alors d’encourager certaines pratiques particulièrement décisives pour apprivoiser ce type de raisonnement. Un premier réflexe à adopter est ainsi de croiser les sources d’information et de ne pas se satisfaire d’une seule. Dans de nombreux environnements professionnels, la circulation d’informations peu fiables est en effet un risque de plus en plus prégnant, notamment avec le développement des réseaux sociaux. Une autre pratique à développer consiste à identifier ses biais cognitifs : quels préjugés guident nos interprétations ? Sommes-nous sensibles à des effets de mode ou à des stratégies d’influence mises en place par d’autres acteurs économiques ? Toutes ces questions peuvent faire l’objet d’une réflexion individuelle et collective.

Une attitude qui a ses limites

La pensée critique est donc une compétence cruciale qu’il s’agit de détecter chez les candidats et de développer en interne. Mais cela doit être fait avec adresse et parcimonie. Le risque réside dans une confusion entre pensée critique et critique permanente sans objet. Il ne s’agit pas de développer dans une entreprise une tendance à la contradiction pour le simple plaisir de la contradiction ni de multiplier les moments de réflexion qui pourraient être nuisibles à l’efficacité et la productivité. Les salariés doivent bénéficier d’une certaine marge de manœuvre pour exercer leur pensée critique tout en privilégiant l’intérêt de l’entreprise. Un usage excessif de la pensée critique peut lui aussi être critiqué.

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