Plus d’1 salarié sur 3 dit s’autocensurer

Plus d’un salarié sur 3 dit s’autocensurer, , selon une étude ALTERNEGO.

Le cabinet de conseil en organisation, expert des questions sociales ALTERNEGO, vient de rendre publics les résultats d’une enquête sur le thème de l’autocensure, conduite en entreprise auprès de près de 1500 salariés. L’étude révèle que le sentiment de s’autocensurer touche les femmes comme les hommes, mettant à mal l’idée reçue selon laquelle le genre serait l’unique critère d’autocensure en entreprise. Elle permet également de constater que l’autocensure n’est pas uniquement le fruit de causes endogènes comme le manque de confiance en soi et en ses compétences mais aussi, et surtout, celui de causes exogènes tels que le fait de ne pas se sentir entendu et/ou soutenu par son management et sa hiérarchie. Les experts ALTERNEGO émettent par ailleurs l’hypothèse selon laquelle ces causes exogènes pourraient se voir exacerbées dans le contexte de la crise sanitaire, avec le retour au travail de millions de salariés restés éloignés de leurs entreprises et de leurs hiérarchies pendant le confinement et le déconfinement progressif.

« Pour agir efficacement, l’entreprise doit lutter contre toutes les formes d’autocensure, chez les femmes comme chez les hommes. Il faut certes accompagner celles et ceux qui en sont victimes par la montée en compétences et, le cas échéant, par un coaching intelligent… Et il faut aussi créer les conditions d’un management ouvert, qui autorise la contradiction, les débats et l’innovation. Mais la première chose à faire – et vite ! – consiste à cesser de dire aux femmes qu’elles s’autocensurent faute de confiance en elle… C’est en effet le meilleur moyen pour que cela se produise ! »

Patrick Scharnitzky, Directeur Associé du Cabinet AlterNego et docteur en psychologie sociale et Valentine Poisson, consultante spécialisée diversité & inclusion pour AlterNego.

Lutter contre les idées reçues sur l’autocensure

 L’autocensure se définit comme un comportement empêché par un sentiment d’imposture ou d’infériorité au regard des attentes d’un rôle, d’un poste ou d’un niveau de rémunération. 

En entreprise, 38% des salariés disent s’autocensurer.

Un chiffre qui en dit long sur la perte d’énergie et de potentiels que cela représente.   

Contrairement aux idées reçues, l’autocensure n’est pas le propre des femmes : sur leur sentiment de s’autocensurer ou non, sans mentionner de critère particulier, 40% des femmes et 35% des hommes confirment se sentir concernés. 

Les salariés ayant répondu à l’étude se rapportent en premier lieu aux causes exogènes de l’autocensure et livrent des témoignages forts sur leur sentiment de ne pas être entendus par leur hiérarchie et leur sentiment de ne pas être soutenus dans leurs demandes.

Quant aux facteurs endogènes de manque de confiance en soi, souvent perçu comme LA cause de l’autocensure, ou de doutes sur ses compétences, ils arrivent bien après les facteurs exogènes.

L’impact de la hiérarchie et du pouvoir sur les mécanismes d’autocensure

Bien au-delà des critères sociodémographiques, c’est bien la question de la position hiérarchique qui est en cause dans l’autocensure. Elle est pointée comme l’une des causes de son autocensure par près de 75% des répondants qui affirment s’autocensurer.

Ainsi, on s’autocensure beaucoup plus du fait du poids de la hiérarchie que pour n’importe quelle autre raison constitutive de l’identité sociale.

 ALTERNEGO a questionné les salariés sur les situations dans lesquelles ils peuvent s’autocensurer. Et c’est la négociation d’une augmentation ou d’une prime qui lève les plus forts boucliers qui empêchent d’oser (5,3/10 contre 3,8/10 pour la moyenne de toutes les situations évoquées).

Concernant les différences de perception femmes/hommes, on voit de nets écarts : sur toutes les situations, les femmes déclarent s’autocensurer davantage que les hommes, et particulièrement sur la question de la négociation de sa rémunération (1,9 point d’écart).

Un décalage qui peut s’expliquer par le fait que compte tenu des dynamiques de plafond de verre, les N+1 sont majoritairement des hommes. Dans la logique d’un entre-soi, il semble donc moins difficile en tant qu’homme de négocier son salaire avec un homme que lorsqu’on est une femme.

Dans les focus groupes menés par ALTERNEGO pour conduire cette étude, une forme d’internalisation des femmes est notable. Ainsi elles choisiront de ne pas demander par anticipation d’un rejet qu’elles estiment plus que probable, alors que les hommes exprimeront leur demande, quitte à la voir rejetée. Une différence que l’on a tendance à interpréter comme  une forme d’audace masculine.

Le sexisme et les stéréotypes, facteurs aggravants de l’autocensure en entreprise

 Au sein de son panel, AlterNego a questionné près de 300 femmes sur leur perception du sexisme en entreprise, puis l’a corrélé avec leur sentiment d’autocensure. Les résultats indiquent des liens forts entre les indicateurs.

Plus les femmes ont le sentiment de subir des blagues sexistes (+0,40 d’indice de corrélation), d’être exposées à un vocabulaire guerrier, sexiste ou sexuel (+0,44) et surtout, de ne pas recevoir la même considération que les hommes (+0,51), et plus elles disent s’autocensurer. Un climat sexiste induit un repli sur soi des femmes qui peuvent percevoir cet état de fait comme étant une norme contre laquelle il est impossible de lutter.

Concernant les différences de perception femmes/hommes, ALTERNEGO a noté de nets écarts : sur toutes les situations, les femmes déclarent s’autocensurer davantage que les hommes. Ainsi, sur la question de l’aménagement de son temps de travail (+ 1,6 point chez les femmes), ces dernières chercheraient à ne pas confirmer le stéréotype selon lequel elles ont plus de contraintes familiales et domestiques que les hommes.

Lutter contre l’autocensure

 L’âge, le genre, la couleur de la peau ne sont pas des critères qui font varier, dans l’absolu, la tendance à s’autocensurer. Il n’y a donc pas de cause endogène majeure pour expliquer ce phénomène de parole empêchée. En revanche, si le groupe en question est mis à l’écart dans un écosystème donné, du fait de sa taille et/ou du pouvoir moindre dont il dispose, cela provoque des effets systémiques de stigmatisation potentiellement sources d’autocensure. Si les actions destinées à lutter contre l’autocensure endogène restent utiles, ce sont surtout les actions destinées à lutter contre l’autocensure exogène qui permettront de limiter le phénomène : développer un management inclusif et un sentiment de rapport ouvert à la hiérarchie, lutter contre les stéréotypes et donner confiance dans le discours, qui doit s’incarner dans le réel par une véritable équité de traitement.

*Étude quantitative (questionnaire) et qualitative (focus groupes) conduite en 2019 par ALTERNEGO, auprès de 4 entreprises issues de secteurs professionnels différents (automobile, technologie, immobilier et communication). 1492 répondants au questionnaire pour un échantillon analysé au regard de quatre variables : le genre (57% de femmes et 43% d’hommes) ; la position hiérarchique (29% de managers et 71% de non-managers) ; l’âge (24% de 20-35 ans, 45% de 36-50 ans et 31% de plus de 50 ans) et enfin le secteur d’activité, comme énoncé plus haut.

A propos d’Alternego

Le cabinet AlterNego a été créé en 2010, à l’initiative de Jean-Edouard Grésy, Ricardo Perez Nückel et Julien Ohana. Il intervient aujourd’hui dans plus de 25 pays dans le monde. Convaincu de la nécessité d’appréhender l’autre via un processus de dialogue et d’échange, AlterNego consacre notamment ses efforts à la formation et à l’accompagnement des individus, des équipes et des organisations, pour lesquels les modes alternatifs de résolution de conflits sont créateurs de valeur. AlterNego s’engage aussi à mettre ses compétences au service du « mieux vivre ensemble », en participant à des actions de médiation sociale et interculturelle dans la cité, ainsi qu’à des démarches de reconstruction de confiance dans des pays en situation ou en sortie de crise.

La Rédaction
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