L’entreprise en difficulté en France en 2018. Vers une fin de cycle ?

Les tendances à la baisse enregistrées sur les dernières années en matière de défaillances d’entreprises françaises se sont confirmées en 2018, confortant une situation d’embellie économique retrouvée. Toutefois, si la courbe en matière de procédures judiciaires ouvertes a suivi une tendance faiblement baissière sur l’ensemble de l’année, celle-ci s’est inversée depuis juin 2018 pour remonter régulièrement jusqu’en décembre. Dans sa dernière enquête sur les entreprises défaillantes en France, Deloitte dresse le panorama d’une situation en demi-teinte et dévoile ses perspectives pour l’année 2019 au regard de la situation économique, sociale, géopolitique et réglementaire qui s’annonce.

Une tendance baissière en trompe-l’œil

L’année 2018 s’est caractérisée par un total de 54 627 procédures judiciaires ouvertes avec environ 165 675 emplois concernés, soit une tendance similaire à celle observée sur les dernières années. Les seuils atteints apparaissent même au plus bas, correspondant à ceux enregistrés il y a plus de 10 ans. Même constat au niveau des procédures amiables ouvertes, avec une baisse nationale de 2%, qui varie cependant d’une région à l’autre.

Il faut néanmoins relativiser ces bonnes nouvelles, puisque le nombre de procédures judiciaires ouvertes en 2018 a de nouveau augmenté au dernier trimestre 2018, notamment pour les entreprises de plus de 20 salariés (+2%) et celles générant plus de 7,5 M€ de CA. Alors réajustement économique ou tendance de fond ? La question est posée. D’après les experts interrogés par Deloitte, dans l’environnement économique français et européen actuel, rien ne laisse présager d’une véritable hausse structurelle des défaillances. De manière générale, la situation reste positive et les enjeux des entreprises se tournent plutôt vers l’identification de compétences, l’innovation, le renforcement du passage au numérique, la cyber sécurité ou encore la nécessité de maintenir un niveau de CAPEX suffisant.

Des secteurs plus ou moins impactés par les défaillances

Les données analysées mettent en lumière la vulnérabilité plus forte de certains secteurs. Ainsi, comparée à 2017, les activités de services aux entreprises, de transport et de logistique, de commerce, de réparation automobile, ainsi que celles liées aux industries agroalimentaires ou encore en lien avec l’enseignement, ont connu une forte hausse des défaillances.

Certains experts interrogés dans le cadre de l’étude Deloitte alertent par ailleurs sur l’impact du mouvement des Gilets Jaunes sur le secteur du retail. Les effets préjudiciables, en termes de manque à gagner et de besoin de financement, seront ressentis avant même la fin du premier semestre 2019. Les principales victimes de ce mouvement devraient être les PME et en particulier celles évoluant dans l’activité du commerce de détail. De la même façon, les conséquences en matière de confiance des chefs d’entreprises et, plus largement, d’image vis-à-vis de la communauté internationale, auront indéniablement un effet défavorable sur les performances des organisations en 2019.

De nombreux signaux faibles qui annoncent un possible recul de la croissance

La fin de l’année 2018 a été marquée par un regain d’optimisme des chefs d’entreprise français. Elle a vu également une accélération sensible du nombre de créations d’entreprises (+17% par rapport à 2017), le maintien d’une politique accommodante des banques centrales en matière de taux directeurs, d’accès au crédit facilité et d’un environnement du droit du travail rendu plus lisible et moins risqué grâce aux ordonnances Macron.

Toutefois, les entreprises françaises doivent faire face à de nouveaux enjeux économiques et de marché pour se réinventer. Dans un contexte de ralentissement de la croissance, de nombreux signaux faibles doivent ainsi alerter, tels que le maintien de  gains rapides et continus de parts de marché par les GAFA, l’incertitude autour d’un possible « hard Brexit », le contexte politique compliqué en Allemagne et en Italie, les tensions sino-américaines liées aux droits de douane. Enfin l’échéance des élections européennes courant mai est elle aussi de nature à générer de l’attentisme de la part des entreprises.

Enfin, sur le plan économique, l’année 2018 a consacré un boom des transactions d’entreprises, en France et en Europe. Les valorisations hautes semblent de moins en moins corrélées à la valeur intrinsèque des entreprises acquises, créant un effet de bulle. Si la valeur des taux d’intérêts venait à monter, cela pourrait avoir des conséquences immédiates sur la capacité des entreprises à servir leur dette.

2019 et 2020 : des années à forts enjeux pour les entreprises françaises

Ces signaux faibles laissent à penser que nous sommes à la fin d’un cycle.

Sur le plan de notre environnement légal français et européen, les règles du jeu en termes de traitement de l’insolvabilité sont en train de changer en profondeur. Elles pourraient entraîner l’émergence d’un nouveau paradigme pour les entreprises en difficulté, les investisseurs, les créanciers et les praticiens du restructuring.

Ainsi, la promulgation de la Loi PACTE, la réforme en cours du droit des sûretés et l’application d’ici 2 ans de la Directive du Parlement Européen et du Conseil relative aux cadres de restructuration préventifs viendront modifier, en le simplifiant, le quotidien des PME. Ces évolutions vont promouvoir une véritable culture de la seconde chance pour les entrepreneurs défaillants et augmenter au niveau européen l’efficience des procédures de restructuration, d’insolvabilité et d’apurement.

En effet, parmi les objectifs de la Directive notamment, figure la volonté au niveau européen de lever les incertitudes et freins liés aux règles actuelles en matière d’insolvabilité pour les investissements transfrontières. L’harmonisation de ce droit entre les pays membres, avec une convergence accrue des procédures préventives et de restructuration, apparait indispensable pour garantir une meilleure sécurité juridique pour les investisseurs tout en permettant une approche et un traitement précoce des entreprises viables en difficulté financière.

 « Notre boîte à outils hexagonale est déjà l’une des mieux équipées au niveau européen en matière préventive. Gageons que sa richesse, renforcée par un environnement juridique en cours de mutation, permettra à nos praticiens Restructuring, dans une année 2019 à forts enjeux économiques, de proposer le plus en amont possible aux entreprises viables en difficulté les options de retournement les plus pérennes. ».

Jean-Pascal Beauchamp, Associé Directeur du département Restructuring Financier

A propos de Deloitte

Deloitte fait référence à un ou plusieurs cabinets membres de Deloitte Touche Tohmatsu Limited (DTTL), société de droit anglais (« private company limited by guarantee »), et à son réseau de cabinets membres constitués en entités indépendantes et juridiquement distinctes. DTTL (ou « Deloitte Global ») ne fournit pas de services à des clients. En France, Deloitte SAS est le cabinet membre de Deloitte Touche Tohmatsu Limited, et les services professionnels sont rendus par ses filiales et ses affiliés.

La Rédaction

HR Voice, un Webzine RH dédié à ceux qui veulent comprendre, débattre, répandre, entendre et faire entendre !
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