L’avenir de la formation des salariés sera-t-il numérique ?

Alors que la crise sanitaire du COVID-19 bouleverse en profondeur nos usages et nos modes de vie, notamment par les règles de distanciation sociale et de réorganisation de l’espace public, la formation professionnelle reste plus que jamais indispensable aux salariés pour préparer leur avenir.

Retrouver la confiance pour continuer à se former

Conscient de l’importance de la formation professionnelle pour faire face aux difficultés économiques qui s’annoncent, l’État n’a pas tardé à réagir en décidant de prendre totalement en charge, dans le cadre du FNE, toute formation à distance contractée par les entreprises pour leurs salariés au chômage partiel. Des salariés qui, en temps normal, auraient sans doute mobilisé leur crédit CPF. Pour tous les autres salariés, l’application CPF devient un outil indispensable durant cette période difficile.

Selon l’enquête menée par Cambridge English auprès des organismes de formation linguistique en avril 20201, 40 % d’entre eux ont vu leur activité CPF légèrement progresser (10 % en moyenne) depuis novembre 2019 – date de lancement de l’application CPF – avant que le confinement vienne remettre en cause cette tendance à la hausse. En chômage partiel ou en télétravail, il est évident que certains salariés confinés à leur domicile n’ont pas tous eu la tête à se former. À l’heure de la reprise progressive de l’activité économique, tous les acteurs publics et privés du secteur de la formation en langues devront réaliser un effort pédagogique d’envergure pour retrouver la dynamique qui se dessinait avant la crise et mieux informer, préparer et accompagner les salariés dans leur parcours de formation.

Application CPF : une simplification pas si simple… 

Depuis le 1er janvier 2019, le fonctionnement du compte CPF de chaque salarié a changé : les heures de formations y sont désormais converties en Euros. Peu connue ou mal comprise par une majorité de salariés, cette nouvelle version pourtant simplifiée et plus fluide du CPF pâtit d’un manque manifeste d’information et de pédagogie de la part des pouvoirs publics. Méfiants et attentistes à l’égard d’un nouveau système qu’ils estiment ne pas bien maîtriser, les salariés sont malheureusement encore trop nombreux à ne pas utiliser leur CPF.

Pour encourager son utilisation, l’État a développé une application dédiée permettant une mise en relation rapide entre salariés et organismes de formations. Depuis son lancement fin 2019, l’outil s’est considérablement amélioré. Séduits d’emblée par sa simplicité 

d’utilisation, les organismes de formations ont été longtemps réservés quant à l’efficacité de son moteur de recherche, jugé trop anarchique, non sélectif (mettant au même niveau des formations qualitatives reconnues et des formateurs qui n’ont pas encore fait leurs preuves), accumulant les erreurs d’affectation de catégories et pollué par les référencements sauvages pratiqués par certains organismes peu scrupuleux. Même critique du côté des utilisateurs : l’application livrait des formations listées comme un interminable inventaire mal filtré et sans réelle pertinence. Enfin, l’autre reproche concernait le manque de conseils, notamment dans l’utilisation du compte CPF.

Des solutions collectives et sélectives

Depuis, de nombreuses améliorations ont été apportées en termes de sécurité et de fluidité. Ainsi, la reconnaissance faciale et digitale, la reprise de la hotline et la possibilité pour les utilisateurs de signaler toute formation suspecte ou mensongère sont des progrès notables qui vont profiter à l’usager. À l’instar du fonctionnement de certaines plateformes participatives célèbres, les candidats ayant acheté et suivi une formation CPF deviendraient alors des contributeurs actifs au progrès constant de l’application.

Débarrassé de ces « erreurs de jeunesse », l’appli CPF s’impose progressivement comme un outil innovant qui ne cesse de s’affiner pour gagner définitivement la confiance des salariés. La preuve avec ces derniers chiffres2 révélant 70 000 téléchargements supplémentaires durant le confinement, dont plus de 17 % pour les formations linguistiques, occupant la seconde position des formations les plus demandées.

Soucieux d’assurer une évolution positive à cet outil, et plus généralement à la formation, au seul bénéfice des salariés, il semblerait pertinent que les différents acteurs de la formation et de l’emploi soient dorénavant consultés. Ensemble, nous pourrions définir une méthodologie solide et pérenne pour aider chaque salarié à trouver la formation qui lui convient, répondant à ses besoins en cohérence avec les objectifs de son entreprise. Dans cette même logique de soutien aux candidats, les OPCO3 ou encore la FFP4 et ses adhérents pourraient établir un système de notation strictement objectif de la crédibilité et de la réputation des organismes de formations référencés. Intégrée à l’application CPF, cette solution viendrait enrichir efficacement le moteur de recherche en apportant de nouveaux critères pour bien choisir sa formation.

Pour un accompagnement humain renforcé

Avec la nouvelle donne imposée par l’épidémie, les formations à distance et en ligne encore minoritaires avant le confinement devraient naturellement gagner du terrain sur les cours 

traditionnels en présentiel1. Face à cette évolution des usages, tous les outils numériques soutenus par l’intelligence artificielle, comme l’application CPF, deviennent des solutions d’avenir pour les salariés qui souhaitent se former.

Huit mois après un lancement tâtonnant et de nombreuses corrections, l’application CPF représente aujourd’hui un indéniable progrès pour les salariés. Ce succès ne doit pourtant pas nous faire perdre de vue que, pour être pleinement efficace, cet outil doit être considéré comme un complément au conseil de professionnels compétents pour guider chaque candidat vers la formation qui lui convient. Désormais seuls responsables de leur formation suite à la réforme du CPF, les salariés devraient être mieux informés des aides et des accompagnements personnalisés dont ils peuvent bénéficier. À ce titre, recommandons aux employés de TPE, où l’envergure des services RH reste souvent modeste voire inexistante, et aux demandeurs d’emploi de se rapprocher du CEP5 rattaché à leur activité ou à leur situation professionnelle (APEC et Pôle Emploi pour les demandeurs d’emploi) pour se faire conseiller et être accompagnés dans leur démarche. Et invitons les salariés des PME et des grandes entreprises à solliciter leurs responsables RH pour trouver ensemble la formation la plus pertinente et faire converger leur intérêt à celui de l’entreprise. Un consensus profitable à chacun qui conforte l’évolution actuelle de la fonction RH vers un rôle toujours plus stratégique. Dans cette nouvelle configuration, l’écoute et l’empathie sont plus que jamais des exigences et des enjeux qui témoignent de la primauté de l’humain dans la gestion des affaires… humaines.

Sources

  • 1. Les organismes de formations linguistiques à l’heure de la réforme et de la crise du coronavirus (enquête en ligne menée par Cambridge English – Avril 2020)
  • 2. Caisse des dépôts, gestionnaire de l’application MonCompteFormation
  • 3. Opérateurs de compétence
  • 4. Fédération de la Formation Professionnelle (représente plus de 900 entreprises de formations)
  • 5. Conseils en Évolution Professionnelle
Cécile Loyer
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