Transformation verte : les entreprises face à l’urgence

Difficile d’ignorer l’urgence climatique qui, chaque jour, pèse un peu plus sur nos épaules. La société entière est concernée et notamment les entreprises qui ont, elles aussi, ce devoir de rendre leur fonctionnement et leurs collaborateurs plus responsables face à ces enjeux. Les green skills (ou compétences vertes), qui regroupent l’ensemble des compétences assurant la durabilité environnementale des activités économiques, en sont un exemple et ses adeptes se multiplient. 

Après la transformation digitale…place à la transformation verte

Des mutations profondes, les entreprises en ont connues. Pourtant, celle qui se présente comme le défi majeur du 21ème est d’une toute autre envergure, en raison de son urgence et de la difficulté à conduire tous les changements nécessaires. Quelques années auparavant, la digitalisation avait déjà amené son lot de bouleversements et si l’activité ne s’y adaptait pas rapidement, du retard était pris mais il était loin d’être insurmontable. Avec la transformation verte, il n’y a plus vraiment de place au choix. Il faut agir différemment et envisager la possibilité qu’on ne puisse plus exercer tel ou tel métier si on ne le fait pas de façon responsable. 

Au niveau législatif les moyens coercitifs et incitatifs sont de plus en plus nombreux, à l’image de la loi sur le devoir de vigilance qui permet de rendre responsables les sociétés mères sur l’ensemble de la chaîne de valeur en cas d’atteintes aux droits humains et aux libertés fondamentales, à la santé et à la sécurité des personnes, et à l’environnement. Les entreprises subissent des pressions de toutes parts et notamment des nouvelles générations qui sont nettement plus intransigeantes avec les écarts de conduite en matière de responsabilité environnementale. Il y a nécessité d’incarner ce que l’on promet pour ne pas dégrader la marque employeur de façon irréversible. 

Les compétences et métiers verts, déjà indispensables

Dans de nombreuses entreprises un plan d’action clair est né de cette urgence et il s’axe autour des compétences, plus particulièrement les green skills. Elles ne concernent pas uniquement les métiers dédiés à la sauvegarde de l’environnement mais bien toutes les pratiques et attitudes à adopter pour transformer la façon dont on exerce son métier. On parlera, par exemple, de politique d’Achat responsable pour la direction marketing ou d’éco-conception pour les Designers. On le constate, cette tendance de fond ne se limite pas qu’aux professions naturellement associées à l’urgence climatique, elle dépasse largement ce cadre pour toucher tout le monde. Une évidence à laquelle il faudra s’habituer rapidement pour avancer dans le bon sens.

En interne, les directions vont devoir s’employer pour transformer le capital humain et le placer sur les bons rails. Actuellement, certaines sociétés se demandent déjà quels seront les métiers de demain et réalisent en conséquence des cartographies de compétences pour cibler celles qui seront primordiales dans un avenir proche et mesurer leur capacité humaine à opérer cette transformation verte. En fonction des premiers résultats et de leur disponibilité, il sera plus simple de déployer des plans de mobilité, de formation ou une stratégie de recrutement dédiée. Par ailleurs, des académies “durables” ou sustainability academies consacrées à la montée en compétences sur ces enjeux se développent rapidement dans les grands groupes (Schneider Electric, JLL, BNP…).

De la même manière que la DSI avait pris un rôle majeur avec la digitalisation, la Direction de la RSE suivra une trajectoire similaire avec la transformation verte. Inévitablement, elle travaillera main dans la main avec les RH pour organiser et déployer correctement les compétences vertes en interne. Si certains métiers sont prioritaires, à l’image de la fonction achat qui nécessite une coopération avec un grand nombre de partenaires différents à travers le monde, la plupart suivra une évolution équivalente quoique différée. Bien entendu, la promesse est belle mais gare au greenwashing qui pourrait entacher la pertinence d’une telle stratégie. 

Un changement de paradigme à intégrer rapidement

Prendre la voie des green skills demande aux entreprises d’investir du temps mais aussi de l’argent dans des dispositifs permettant de former convenablement leurs collaborateurs pour aller plus loin que les programmes de sensibilisation se limitant à une fresque du climat ou un bilan carbone. Il faut agir le plus rapidement possible. Et qu’il s’agisse de programmes internes de formation ou d’organismes indépendants, la faculté à penser son métier autrement ne peut se passer d’un accompagnement adéquat et impulsé par toute la chaîne de décision au sein de la société. Il est aussi important de travailler son argumentaire afin d’éviter de faire passer ces changements pour une contrainte mais davantage pour une opportunité de donner plus de sens à ses missions.

Néanmoins, si la demande en green skills va obligatoirement augmenter voire exploser dans les prochaines années, il y a pour le moment une pénurie de talents en la matière, une de plus. Le dernier rapport de Linkedin concernant les green skills montre que si l’offre veut rattraper la demande, il faudra largement amplifier l’intensité en compétences vertes dans de nombreux secteurs. Pour l’heure, le domaine des services aux entreprises est un bien meilleur élève que la santé ou la finance. Dans tous les cas, la donne est simple, il faudra un réel effort collectif de la part de tous les secteurs pour atteindre les objectifs climatiques.

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